La dernière tragédie date d’hier. Six ouvriers affectés à un épurateur près de Catane en Sicile ont perdu la vie apparemment à cause des exhalations de monoxyde de carbone. La police enquête encore pour établir l’exacte dynamique de l’accident. Mais quoi qui l’en soit même si l’accident s’avère être une « malheureuse fatalité », qui donc n’aura pas de responsables, du moins du point de vue pénal, la situation commence à devenir scandaleuse.
Est-ce normal qu’en 2008 un pays riche comme l’Italie doit encore pleurer autant de morts sur les lieux de travail ? Est-ce normal qu’on fasse des économies sur la sécurité des travailleurs ? Est-ce normal que ces drames n’aient jamais de responsables ?

Malheureusement, la situation n’est pas prête de s’arranger. La tendance en Italie comme ailleurs est à une dé-régularisation du marché du travail. La certitude de l’emploi n’est plus qu’un loin souvenir et en absence d’amortisseurs sociaux le chômeur en recherche d’emploi n’a pas de choix. S’il veut travailler il faut qu’il accepte les conditions de l’employeur, c’est à dire : pas de règles, pas de certitudes. En Italie, les abus se multiplient : des gens qui travaillent pendant des années sans contrat, ce qui n’arrive pas seulement dans le sud, qui ne savent pas quand ils vont être payés, qui n’ont pas d’horaire, parfois ils « doivent » travailler même les week-end, et bien sûr sans aucune norme de sécurité.

A l’occasion de drames retentissants comme celui d’hier ou de Thyssen (7 morts le 6 décembre 2007), les hommes politiques s’émeuvent mais la chose s’arrête là. Aucune mesure n’est prise. Tant qu’on ne réfléchira pas à la possibilité de soustraire du pouvoir d’intervention des entrepreneurs dans les choix politiques, des tragédies de ce genre se multiplieront.